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· 5 min de lecture

Il existe, à une vingtaine de kilomètres au sud de Lyon, un coteau qui a disparu des cartes pendant plus d'un siècle. Non pas physiquement — il est toujours là, dressé sur la rive gauche du Rhône, juste en face de Côte-Rôtie. Mais il avait disparu de la mémoire du vin.

Le vin des Allobroges

À l'époque romaine, on cultivait ici la vitis allobrogica, cépage des Allobroges, ce peuple gaulois dont Vienne était la capitale. Les vins qui en sortaient étaient réputés jusqu'à Rome : Pline l'Ancien les cite, Plutarque et Martial aussi. Bien plus tard, l'agronome Olivier de Serres vantera encore la qualité de ces terroirs.

Au XIXe siècle, la viticulture reste la principale ressource de Vienne, avec une centaine d'hectares plantés. Puis vient 1883 : le phylloxéra ravage le coteau. Ailleurs, on replante en greffant sur des porte-greffes américains. Ici, non. Le vignoble est simplement abandonné.

Quand l'INAO dessine la carte des appellations, dans les années 1930, Seyssuel n'existe plus. On ne classe pas ce qui n'est pas planté.

Une conséquence qui dure encore

Cet abandon a une conséquence que peu de gens connaissent : les vins de Seyssuel, aujourd'hui encore, ne sont pas en AOC. Ils sortent en IGP Collines Rhodaniennes, ou en simple Vin de France. Non par manque de qualité — mais parce qu'au moment où l'on distribuait les appellations, il n'y avait rien à classer. Une injustice administrative dont les vignerons demandent aujourd'hui la révision.

1996 : trois vignerons rouvrent le dossier

En 1996, trois vignerons de la rive droite — Yves Cuilleron, Pierre Gaillard et François Villard — retrouvent la trace du vignoble dans les textes anciens et décident de le replanter. Ils fondent Les Vins de Vienne et plantent onze hectares : neuf et demi en syrah, un et demi en viognier. Première vendange en 1998, première cuvée : le Sotanum, nom latin en hommage aux vins d'autrefois. Les sommeliers des grandes tables de la région suivent immédiatement.

Aujourd'hui ils sont une dizaine de domaines sur une quarantaine d'hectares, réunis dans l'association Vitis Vienna, et le vignoble continue de croître.

Ce que dit le schiste

Le terroir explique l'entêtement. Les sols sont des schistes — micacés et quartzeux — là où la Côte-Rôtie voisine repose sur des gneiss. La vallée ne fait que sept cents mètres de large à cet endroit : le vent s'y engouffre et assainit les grappes. L'exposition est plein sud à sud-ouest, l'altitude tourne autour de 250 mètres, et le coteau reçoit un peu plus de deux mille heures de soleil par an. Certaines pentes dépassent 40 % et se travaillent à l'échalas, à la main.

Le résultat est une syrah tendue, minérale, plus austère et plus droite que celle des terroirs granitiques. Une syrah qui a du fond — et de la garde.

Pourquoi ce coteau, pour nous

Le choix n'a rien d'un hasard marketing. La syrah est le seul cépage dont l'ADN atteste une origine rhodanienne. Seyssuel est le vignoble le plus septentrional de la vallée, et l'un des plus anciens. Confier au Rhône un vin né de son propre coteau, dans une amphore, deux mille ans après les Allobroges : la boucle se referme d'elle-même.

Sources